Tristan Tzara, dada envers et contre tous

« Dada ne signifie rien. – … Je suis contre tous les systèmes, le plus acceptable des systèmes est celui de n’en avoir par principe aucun. »

« tremblements
souffrance ma fille du rien bleu et lointain
ma tête est vide comme une armoire d’hôtel
dis-moi lentement les poissons des humbles tremblent et se cassent quand veux-tu partir
le sable
passe-port
désir
et le pont rompre à tierce résistance
l’espace
policiers
l’empereur
lourd
sable
quelle meuble quelle lampe inventer pour ton âme »

« – petite ville en sibérie –

une lumière bleue qui nous tient ensemble aplatis sur le plafond c’est comme toujours mon camarade comme une étiquette des portes infernales collées sur un flacon de médicine
c’est la maison calme mon ami tremble
et puis la dense lourde courbée offre la vieillesse sautillant d’heure en heure sur le cardan
le collier intact des lampes de locomotives coupées descend quelquefois parmi nous
et se dégonfle tu nommes cela silence boire toits en fer-blanc lueur de boîte de hareng et mon cœur décent sur des maisons basses plus basses plus hautes plus basses sur lesquels je veux galoper et frotter la main contre la table dure aux miettes de pain dormir oh oui si l’on pouvait seulement
le train de nouveau le veau spectacle de la tour du beau je reste sur le banc
qu’importe le veau le beau le journal ce qui va suivre il fait froid j’attends parles plus haut
des cœurs et des yeux roulent dans ma bouche
en marche
et des petits enfants dans le sang [est-ce l’ange? je parle de celui qui s’approche]
courons plus vite encore
toujours partout nous resterons entre des fenêtres noires »

« Je ne chante pas je sème le temps. »

« On ne mordra jamais assez dans son propre cerveau »

« N’aimez pas si vous voulez mourir tranquillement »

Tristan Tzara 1896-1963 (Fragment)

Dessin de Francis Picabia (1925)

Aujourd’hui 1er mars au SCENOBAR

CE SOIR, à partir de 17h, dimanche 1er mars, scène littéraire et musicale (6 Rue Victor Letalle, 75020 Paris, métro Ménilmontant, ligne 2), au cœur du SCENOBAR (merci de nous accueillir !).  Et au plaisir de vous y retrouver !
revue hexen le scenobar cabaret

© Le scenobar

 

L’Homme approximatif

« les cloches sonnent sans raison et nous aussi
nous partons avec les départs arrivons avec les arrivées
partons avec les arrivées arrivons quand les autres partent »

« les cloches sonnent sans raison et nous aussi
pourquoi chercher le bout de la chaîne qui nous relie à la chaîne
sonnez cloches sans raison et nous aussi
nous ferons sonner en nous les verres cassés
les monnaies d’argent mêlées aux fausses monnaies
les débris des fêtes éclatées en rire et en tempête
aux portes desquelles pourraient s’ouvrir les gouffres
les tombes d’air les moulins broyant les os arctiques
ces fêtes qui nous portent les têtes au ciel
et crachent sur nos muscles la nuit du plomb fondu

je parle de qui parle qui parle je suis seul
je ne suis qu’un petit bruit j’ai plusieurs bruits en moi
un bruit glacé froissé au carrefour jeté sur le trottoir humide
aux pieds des hommes pressés courant avec leur morts autour de la mort qui étend ses bras
sur le cadran de l’heure seule vivante au soleil »

« homme approximatif te mouvant dans les à-peu-près du destin
avec un cœur comme valise et une valse en guise de tête »

Tristan Tzara, L’Homme approximatif

Tristan Tzara