Joyce Mansour – Le désir du désir sans fin

« Je ne crains pas la colère des chambres secrètes
Ni la mâchoire féconde de l’armée carnassière
Aucun homme avec moi ne place son pied
Sur la pente calcinée de la haine
L’arbre immergé passe aux sons de l’enjôleuse cithare
Je me vengerai de ta racine aux narines empourprées
La Veuve Noire fermera ses lèvres de pierre
Sur ta grande nervosité
Chaste trouée du sommeil
Tu ne sauras m’échapper »

Joyce Mansour – Le désir du désir sans fin

Rapaces

« Vous ne connaissez pas mon visage de nuit
Mes yeux tels des chevaux fous d’espace
Ma bouche bariolée de sang inconnu
Ma peau
Mes doigts poteaux indicateurs perlés de plaisir
Guideront vos cils vers mes oreilles mes omoplates
Vers la campagne ouverte de la chair
Les gradins de mes côtes se resserrent à l’idée
Que votre voix pourrait remplir ma gorge
Que vos yeux pourraient sourire
Vous ne connaissez pas la pâleur de mes épaules
La nuit
Quand les flammes hallucinantes des cauchemars réclament
le silence
Et que les murs mous de la réalité s’étreignent
Vous ne savez pas que les parfums de mes journées meurent
sur ma langue
Quand viennent les matins aux couteaux flottants
Que seul reste mon amour hautain
Quand je m’enfonce dans la boue de la nuit »

Joyce Mansour, Rapaces

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