Retour en images sur la soirée littéraire – Cabaret Hexen – du 25 juillet 2021

Pour le lancement du livre d’Ivan de Monbrison, La Reine morte, le Cabaret Hexen s’est offert au public des Galopins, place de Clichy, dans la plus pure démesure dadaïste.

L’auteur survolté, tantôt éphèbe perruqué, tantôt moine bonze masochiste, nous a livré une performance viscérale de son œuvre. Il n’a pas hésité pour cela à se faire piétiner au sens propre du terme par Agnès Henneguy, partenaire consentante de la transe poétique de son partenaire de jeu. Tout cela sous l’œil mi-sévère, mi-complice d’Etienne Cottereau, metteur en scène génial de Guérasim Luca.

Julie Facquier, future auteure de la revue Hexen nous a lu plusieurs passages de ses livres : Mauvaises chute et Le chant silencieux du Colibri. Nimbée de bleu pétrole, elle a illuminé la scène accompagnée par le guitariste des étoiles, Fred Alera. Ses œuvres ont fait un malheur.

Chloé Oster, qui dirige la compagnie théâtrale de l’Obskuravu, mais qui est aussi écrivaine – Sous le Même Ciel publié en 2018, remarqué par le concours Vivons les Mots, a porté les vers du mystérieux et envoûtant poète Petit-être, présent dans le prochain opus de de la revue Hexen.

Pour saisir l’essence musicale de ce moment déraisonnable, il nous fallait un sage… Après avoir capturé la poésie de Petit-être, Dominique Bertrand, penseur multiple, musicologue, poète, sorcier, philosophe et accessoirement virtuose de la flute shakuhachi, a saisi comme jamais la frénésie incantatoire des mots de Valéry Meynadier, récemment éditée par les éditions Al Manar pour La morsure de l’ange, dans la collection Erotica.

En ouverture de cette sarabande infernale, François Pain-Douzenel, metteur en scène et co-fondateur de la compagnie « Les Pirates des Songes« , nous a véritablement lancé un sort sous la forme d’une danse digne d’une cérémonie vaudou. Et, en guise de conclusion, il nous a invité, sur les traces de Charles Bukowski, à boire un « Dernier verre« … Nous ne sommes pas fait prier.

Le tout sur des thèmes musicaux de Georges Delerue, de Chet Baker et Marilyn Manson.

Maintenant, place aux images…

L’annulaire – Yōko Ogawa

« [ …] je mettais mes escarpins de cuir noir tous les jours pour venir au laboratoire. Il me semblaient un peu lourds à porter avec mes tenues d’été de couleur claire, mais pour ne pas trahir la promesse échangée avec lui dans la salle de bains, je ne pouvais échapper au curieux ensemble qu’ils formaient avec ma robe de lin blanc.

En me chaussant le matin, la pression de ses doigts sur mes jambes, me revenait, c’était une drôle de sensation, pas vraiment douloureuse, mais qui m’entravait.

Les escarpins étaient légers, agréables à porter. Seulement, il m’arrivait parfois, l’espace d’un instant, de sentir mes pieds entièrement aspirés. A ce moment-là, j’avais l’impression que M. Deshimaru retenait mes jambes entre ses bras fortement serrés.

A partir de ce jour-là, nous avons pris l’habitude de nous retrouver régulièrement dans la salle de bains. »

Yōko Ogawa, L’Annulaire, Actes Sud, 1994

Eric Dussert

« Gibert Jeune est plus proxime que Gibraltar »
Anonyme (XXIe siècle)



« La paume, d’abord s’y presse. Toute la surface de l’épiderme entre en contact avec la forme si peu faite pour absorber une une pensée continue, et où, cependant, elle se love. »
Extrait de Codicophilie publié dans le numéro 2 de la revue Hexen. Eric Dussert, spécialiste des marges littéraires, de la « littérature brute » (auteur notamment de Cachés par la forêt, 138 femmes de lettres oubliées, préfacé par Cécile Guilbert aux éditions de La Table Ronde), nous invite ici à réveiller tous nos sens au contact du manuscrit, de l’œuvre imprimée.

Mot de passe, secret et salon privé

Bonsoir ou belle nuit, voici donc davantage d’informations sur le prochain Cabaret Hexen qui se déroulera à partir de 17h le jeudi 7 mai 2020.

Comme indiqué précédemment, cela se passera en visioconférence, sur https://zoom.us/fr-fr/meetings.html, en mosaïque, laquelle, je l’espère, rappellera les azulejos qui ornent les rues de Lisbonne. Il y aura des performances inattendues d’artistes, des lectures sauvages, et, tel cabaret qui se respecte, une part immense d’improvisation et de liberté. Voici les codes d’accès :

Titre de la réunion : Revue Hexen

Sujet : Revue Hexen
Heure : 7 mai 2020 05:00 PM Paris

Participer à la réunion Zoom
https://us04web.zoom.us/j/79625570410

ID de réunion : 796 2557 0410 

A très bientôt, alors, prenez soin de vous et de vos proches.

© Diana Rigg as Emma Peel in « The Avengers » – Photo Broadcasting Company

Sommaire du numéro 2 de la revue Hexen

Avant tout, toutes nos pensées vives à vos proches en cette période affreusement douloureuse.

Le numéro 2 de la revue Hexen sera en librairie et en ligne le 1 mai 2020.

Voici le sommaire :

  • Couverture de Ruth NAHOUM
  • Textes et images de :
  • Valéry MEYNADIER
  • Eric DUSSERT
  • Jean-Marc FLAPP
  • Daniel CABANIS
  • Joséphine LANESEM
  • Lilas BASS
  • Adrien LHOSTE
  • Claire GILLIE
  • Marine GIANGREGORIO
  • Ivan de MONBRISON
  • Paul ELISIA
  • JeanDo CARDI
  • Angéla FORTIN
  • Viviane CAMPOMAR
  • Lila LAKEHAL
  • Petit-ETRE
  • Virginie FOLOPPE
  • Lisa SANTOS SILVA
  • Jane MIRO
  • Evegue-Riek GEVAMAGDALA
  • Dominique BERTRAND
  • Jos VOLPE
  • Robert FERRILET
  • Etienne-Marie DUSSAP
  • Jean-René VIF
  • Giulia MAUDE
  • Ruth NAHOUM
  • Patricia ROSNAY
  • Jean-Eric MANDENGUE
  • James FLEANN
  • Félix FENEON

TOUTES les ventes de la revue seront intégralement reversées aux services hospitaliers.

Dès la sortie de la période de confinement, un spectacle du Cabaret Hexen aura lieu dans le 5e arrondissement de Paris. D’ici là, restez chez vous, protégez ceux que vous aimez. On se reverra vite, c’est évident. Courage et merci encore de vos messages de soutien.

miro juan

© Joan Miró

La vie des Basiles – René Daumal

     « Les tourments de Basile Têtard.

     Je parlerai des tourments des Basiles Têtards, non que les autres soient moins dignes d’intérêt, loin de là. Mais comme Basile Lecteur et Basile Auteur appartiennent probablement à la catégorie têtarde, ils auront plus de chances de s’entendre sur ce terrain de matière grise. Pourtant, ou plutôt donc, cet espoir est tout théorique ; et c’est un peu à l’aveuglette que ces deux Basiles, par l’intermédiaire souvent illusoire de signes d’imprimerie, essaient de se toucher.
Basile Physmathique ayant désintégré l’atome, cassé successivement ses électrons, ses ions, ses neutrons et ses deutons, patauge dans un magma de corpuscules ondulatoires, de grains d’énergie, d’insaisissables quanta livrés aux lois du pile-ou-face. Les limites de son univers s’éloignent de lui à une vitesse qui n’est même pas constante. Les bonnes vieilles béquilles euclidiennes et ses mécanismes l’abandonnent, et il ne trouve pas d’autres supports. Basile Philosophe est incapable de lui en fournir, comme il serait de son devoir ; il est tout à fait abruti par la recherche du « concret », comme il dit pour désigner la plus abstraite des abstractions philosophique ; il espère qu’en cornant et claironnant : concret ! concret ! concret ! il va réellement créer ou trouver ou comprendre une chose ou un fait réel, pleinement réel. Une de ses dernières trouvailles, ce fut de décrire « le contenu vécu » de ses opérations mentales ; un de ces jours, je l’en préviens, il s’apercevra que ce n’est pas le contenu mais le contenant qui vit, qui fabrique le contenu comme dans un moule. Mais il oubliera encore que la tête du Têtard doit parfaire le reste du corps avant que l’animal adulte puisse contenir, comprendre, garder et palper dans ses paumes intérieures la moindre réalité vivante. En attendant, il continue à vider de tout contenu les mots de réel, de vie, de concret, comme tous les autres qui passent par sa bouche, par la vertu de la répétition mécanique, comme chacun en a pu faire l’expérience. Si les mots sont des balles, Philosophe tire à blanc. Basile Lartisse, lui, a un petit sourire de supériorité. Au moins, il manie de la matière. Il dit que l’époque n’est plus aux diarrhées lyriques (bonne nouvelle, en tout cas), et qu’il a un métier, des idées, des sentiments et tout. Mais si on lui demande qu’est-ce qu’il fait avec cela, et pourquoi ? – mais demandez-le-lui entre quatre yeux, un couteau sur sa gorge pour faire rentrer dedans les réponses toutes faites et perroquardes – alors vous le verrez faire un visage de baleine, ou d’escargot à qui l’on pose une question gênante ; ou bien il avouera des soucis qui n’auront rien à voir avec l’édification de la Basilique.
Les plus vivaces des Basiles à grosse tête sont d’accord là-dessus : ils sont pris dans des cercles vicieux ; ils n’ont plus du monde une vision ferme qui puisse diriger leur vie ; ils n’ont plus de contact avec les autres Basiles, avec Basile Tout-le-monde, Basile de la Rue, Basile de la terre, Basile de l’Usine, – ni avec leurs propres corps, ni avec leurs propres vies »

René Daumal, La vie des Basiles suivi de L’envers de la tête, illustrations de Julie Raphaëlle Dumas, éditions Marguerite Waknine, 2016

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Valéry Meynadier

Épileptique dès l’adolescence. Auteure. Art-thérapeute. Le haut mal s’en est allé (naturellement, sans neuroleptique), l’écriture est restée. L’un & l’autre correspondent toujours. Trait d’union, je suis, entre le soin & la créativité, entre la cicatrice & la signature.

J’écris parce que l’innommable me regarde. Depuis des lustres, j’anime des ateliers en prison, au sein d’hôpitaux psychiatriques: dans des milieux sans milieu.
Écrire c’est répondre aux détenues (s) qui détiennent, le passage à l’acte, & qui demandent pourquoi ? Écrire, c’est tenter de répondre, sans jamais y arriver. Souvent, mon stylo se transforme en rocher, Sisyphe est mon ami.

Textes publiés dans le numéro 1 de la revue Hexen : LA NUIT FOSSILE et LE DIT D’EURYDICE.

Valéry Meynadier / Maison des écrivains et de la littérature
La Maison des écrivains et de la littérature, Ligne 13 Communication, Gersende Hurpy
Fiche de l’écrivain Valéry Meynadier / La Maison des Écrivains et de la littérature