Michel Bulteau : fragments

«Nous nous levons et regardons le ciel. Nous entendons les rires inélégants. Qu’y pouvons-nous ? La nuit n’est pas encore tombée. Autour de nos bras, tout est parfait […]
Peu de bruit dans la ville. Où est donc Henri Michaux ce soir ? Je ne doute pas qu’il passe une excellente soirée.»

«Ce foutu interne qui fournissait la came à Charlie Parker a disparu avec la liste de mes médicaments. Être relâché dans la vie m’inquiète. Il revient enfin avec ses chaussures pointues, me prescrit une prise de sang dans une semaine puis dans un mois. On a tripatouillé mon corps mais c’est l’esprit qui déraille le plus. »

« Mes yeux battent comme des tambours de guerre. Mes yeux sont incrustés d’étoiles et mon cerveau, pareil à un cercueil transparent, se déplace sur le tranchant d’un couteau.
J’ai enterré mes veines. J’ai couru à peine plus vite que la mort. »

« L’écriture c’est la mémoire. Nous écrivons autour d’une mutilation et du soleil. »

Michel Bulteau, né à Arcueil, le 8 octobre 1949.

Photographie : © Sophie Couronne

Le numéro 3 de la revue Hexen sortira le mois prochain : voici déjà la couverture !

Bonsoir !

Après moult péripéties, nous sommes heureux de vous annoncer la sortie du numéro 3 de la revue Hexen, nouvelle version, au mois de septembre 2021. C’est avec beaucoup de fierté que nous avons choisi d’illustrer la couverture de cette troisième édition par un dessin original signé Lucm Rezé.
Peintre dont vous pouvez consulter la somptueuse galerie en ligne ici (ainsi que ses réflexions, notes et pensées) : https://lucmreze.blogspot.com/

Ce nouvel opus de la revue Hexen s’annonce des plus riches ; voici les premiers éléments « bruts » :

Art et littérature.
Couverture originale de Lucm Rezé imprimée sur papier satiné « peau de pèche ».
Dos carré-collé.
40 auteurs.
12 peintres et photographes.
212 pages.
Papier couleur.
En ligne courant septembre 2021.

De nombreuses surprises figureront au sein des textes.

Il sera bien sûr disponible sur notre site de vente en ligne : https://editionshexen.bigcartel.com.

Evidemment aussi dans toutes les bonnes librairies de France et de Navarre… A bientôt pour davantage de précisions. Et bien sûr, nous organiserons un mémorable Cabaret Hexen pour fêter cette publication ! Nous comptons sur vous !

Retour en images sur la soirée littéraire – Cabaret Hexen – du 25 juillet 2021

Pour le lancement du livre d’Ivan de Monbrison, La Reine morte, le Cabaret Hexen s’est offert au public des Galopins, place de Clichy, dans la plus pure démesure dadaïste.

L’auteur survolté, tantôt éphèbe perruqué, tantôt moine bonze masochiste, nous a livré une performance viscérale de son œuvre. Il n’a pas hésité pour cela à se faire piétiner au sens propre du terme par Agnès Henneguy, partenaire consentante de la transe poétique de son partenaire de jeu. Tout cela sous l’œil mi-sévère, mi-complice d’Etienne Cottereau, metteur en scène génial de Guérasim Luca.

Julie Facquier, future auteure de la revue Hexen nous a lu plusieurs passages de ses livres : Mauvaises chute et Le chant silencieux du Colibri. Nimbée de bleu pétrole, elle a illuminé la scène accompagnée par le guitariste des étoiles, Fred Alera. Ses œuvres ont fait un malheur.

Chloé Oster, qui dirige la compagnie théâtrale de l’Obskuravu, mais qui est aussi écrivaine – Sous le Même Ciel publié en 2018, remarqué par le concours Vivons les Mots, a porté les vers du mystérieux et envoûtant poète Petit-être, présent dans le prochain opus de de la revue Hexen.

Pour saisir l’essence musicale de ce moment déraisonnable, il nous fallait un sage… Après avoir capturé la poésie de Petit-être, Dominique Bertrand, penseur multiple, musicologue, poète, sorcier, philosophe et accessoirement virtuose de la flute shakuhachi, a saisi comme jamais la frénésie incantatoire des mots de Valéry Meynadier, récemment éditée par les éditions Al Manar pour La morsure de l’ange, dans la collection Erotica.

En ouverture de cette sarabande infernale, François Pain-Douzenel, metteur en scène et co-fondateur de la compagnie « Les Pirates des Songes« , nous a véritablement lancé un sort sous la forme d’une danse digne d’une cérémonie vaudou. Et, en guise de conclusion, il nous a invité, sur les traces de Charles Bukowski, à boire un « Dernier verre« … Nous ne sommes pas fait prier.

Le tout sur des thèmes musicaux de Georges Delerue, de Chet Baker et Marilyn Manson.

Maintenant, place aux images…

Je suis le gardien du phare – Eric Faye

« Regardez ce bâtiment là-bas.
Autrefois c’était l’université. On l’a rebaptisé -Institut de l’oubli.
C’est là que jeunes, adultes et vieillards se rendent pour suivre des cours du soir, ils s’emploient à désapprendre, à se détromper. Ici, les gens poursuivent leurs désuétudes. Les désétudiants reçoivent un diplôme quand ils parviennent à se délester de l’essentiel. Nous avons des docteurs en oubli comme vous en avez en sciences.
Voilà ce que vous aurez à faire si vous tenez à rester ici, devenir un habitant des limbes ! »

Éric Faye – Je suis le gardien du phare (et autres récits fantastiques) / Seuil 2000.

Daumal & The Doors

« Je connais déjà ta saveur, je connais l’odeur de ta main, maîtresse de la peur, maîtresse de la fin.

J’ai touché déjà tes os à travers ta chair sans âge pétrie d’insectes millénaires et de calices de fleurs futures.

J’ai dormi depuis les déluges, j’ai dormi

au fond de toi, sur ton épaule, j’ai dormi sans nom —

ta poitrine n’a pas changé,

l’air de la vie n’a plus le nerf de m’éveiller —

ne me nomme jamais, ne me réveille pas ;

tes poumons immobiles ont désappris aux miens

à respirer le souffle faible de ce monde

le mourant ! car il agonise dans les trompettes,

les pluies battantes, et qu’il crève, le géant faible,

monde vieillard qui s’époumonne

dans le feu pâle auréolant ta tête,

cette lueur, ô veilleuse aveugle des morts, pensante

sans sommeil au fond des rêves

loin de l’huile de la vie,

endormeuse, nous avons ensemble ce secret

que je t’ai pris au carrefour martelé de lune;

souviens-toi, tu étais habillée en petite fille,

tu guettais sur les dalles, la bouche sur ton secret.

Souviens-toi, je t’ai prise aux cheveux,

tu as desserré les dents,

souviens-toi, pour moi, pour moi seul,

parce que j’avais tout trahi pour toi

— oui, messieurs de la fumée et de l’ombre,

je vous ai trahis tous pour elle ;
[…]

je l’ai trahie et j’ai trahi le monde pour elle,

pour cette enfant que de vie en vie je retrouve,

î’endormeuse sans sommeil,

la veilleuse de la fin — ô ma mort!

tu as desserré les dents :

la boule, le feu, l’astre de gorge,

la convulsion folle derrière tes lèvres,

indéfiniment derrière tes dents, ce mur

où tant d’autres se cassent la tête,

… et ce que je ne puis dire…

Mais à qui parlerais-je ? toute oreille, tout œil

sombrent dans le silence et la nuit sans mémoire.

Tu veilles seule, enfant des baumes,

mort du carrefour, bois mon sommeil,

ne laisse rien de moi,

je suis seul à t’avoir vue plus présente qu’elles,

les fumées femelles,

les rôdeuses qu’un vrai regard dissipe,

je t’aime plus loin qu’au fond des rêves,

maîtresse de la peur,

maîtresse de la fin,

ne m’éveille plus,

ne me nomme plus. »

René Daumal
– The Doors / You’re Lost Little Girl

Dans la solitude des champs de coton – Bernard-Marie Koltès

— Alors ne me refusez pas de me dire l’objet, je vous en prie, de votre fièvre, de votre regard sur moi, la raison, de me la dire ; et s’il s’agit de ne point blesser votre dignité, eh bien, dites là comme on la dit à un arbre, ou face au mur d’une prison, ou dans la solitude d’un champ de coton dans lequel on se promène, nu, la nuit ; de me la dire sans même me regarder.

Bernard-Marie Koltès – Dans la solitude des champs de coton

Paul Celan – Froncés de nuit

Froncés de nuit

Pour Hanna et Hermann Lenz

Froncés de nuit
les lèvres des fleurs,
croisés et enchevêtrés
les fûts des grands pains,
grisaillée la mousse, ébranlée la pierre,
réveillés pour le vol glacial :

c’est la contrée où
font une pause ceux que nous avons rattrapés :

ils ne nommeront pas l’heure,
ne compterons pas les flocons,
ne suivront pas les eaux jusqu’au barrage.

Ils seront là dans le monde, à part,
chacun seul auprès de sa nuit,
chacun seul auprès de sa mort,
hargneux, nu-tête, givré
de proche et de lointain

Paul Celan – Pavots et Mémoire
Photographie : « The tunnel » – @alexalloulphoto

J-5 avant la soirée de lancement du livre La Reine morte d’Ivan de Monbrison !

Ce dimanche 25 juillet à partir de 18h30 au bistro Les Galopins, 66, rue de Clichy, 75009, Paris… Métro Place de Clichy. Il y aura des animaux sauvages en liberté, un danseur-sorcier, des lectures fougueuses, des musiciens électriques et lunaires, du cinéma sur grand écran… On vous attend avec impatience pour cette folle sarabande !

Paul Celan : Renverse du souffle

À PRAGUE

La moitié de mort
allaitée avec notre vie,
était là tout autour de nous vraie d’images de cendres —

nous aussi
nous buvions encore, entrecroisés d’âme, deux dagues,
cousus à des pierres de ciel, né de sang de mot
dans le lit de nuit,

nous avons grandi et grandi
de plus en plus l’un au travers de l’autre, il n’y avait plus de nom pour
ce qui nous poussait (l’une des trente
et combien
était-elle, mon ombres vivante,
qui grimpait l’escalier de délire jusqu’à toi ?),

haute tour
l’À-moitié s’allait construire dans le vers où,
Hradschin*
de pur Non-de faiseur d’or
un hébreu d’os,
moulu en sperme,
s’écoulait dans le sablier
que nous traversions à la nage, deux rêves maintenant, sonnant
contre le temps, sur les places.

*Le Hradschin est le grand château de Prague.

Paul Celan – Renverse du souffle
Tableau : œuvre d’Ivan de Monbrison