Paul Celan : Renverse du souffle

À PRAGUE

La moitié de mort
allaitée avec notre vie,
était là tout autour de nous vraie d’images de cendres —

nous aussi
nous buvions encore, entrecroisés d’âme, deux dagues,
cousus à des pierres de ciel, né de sang de mot
dans le lit de nuit,

nous avons grandi et grandi
de plus en plus l’un au travers de l’autre, il n’y avait plus de nom pour
ce qui nous poussait (l’une des trente
et combien
était-elle, mon ombres vivante,
qui grimpait l’escalier de délire jusqu’à toi ?),

haute tour
l’À-moitié s’allait construire dans le vers où,
Hradschin*
de pur Non-de faiseur d’or
un hébreu d’os,
moulu en sperme,
s’écoulait dans le sablier
que nous traversions à la nage, deux rêves maintenant, sonnant
contre le temps, sur les places.

*Le Hradschin est le grand château de Prague.

Paul Celan – Renverse du souffle
Tableau : œuvre d’Ivan de Monbrison

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