ETOILE, RESTE UNE ETOILE°

« Grande fleur des forets, grande fleur cicatrisante ouvre toi chaude, ouvre-toi rouge sur ma tête araigneuse ; je ne veux faire de toi qu’une grande fenêtre sans vitre de soleil et de musique ; ouvre-toi en robe nocturne, en rose de feu, en notes aiguës de pierre de feu, toi qui gardes vraiment ce cri unique du mal, de ce mal fabuleux d’être seule et amoureuse. Et je te vois, violente, je te vois nue et splendide, sur une corde infinie, étoile de nuit, pleine de souffrance, pleine à aimer. Reste à la nuit cette magique volupté, ce désir invulnérable aux prières insensées ; reste la dans ta forme première mais changeante pour chaque passion. Un jour viendra où les hommes en masques sensuels auront peut-être le droit de cueillir sans se lever cette fleur légère, humide de clarté ; brûlante du feu liquide, timide de grâce qui ne s’ouvre que pour la mort. Mais reste encore ce pic de joie, ce cœur blessé, ce cœur fait d’ondes énigmatiques sur qui le jour quand il se lève se casse les doigts à chaque jointures et saigne, saigne sur l’aurore un beau sang rouge du soleil délirant.
Et je te confonds encore avec ma chair et mon cœur reste insensé comme ce membre d’une vie heureuse qui se soulève à chaque élan du vent. »
(Mars 1947.)

Jean-Pierre Duprey, Premiers poèmes inédits et publiés, Derrière son double, Poésie/Gallimard

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