Le Guetteur mélancolique

Et toi mon cœur pourquoi bats-tu ?
Ô toi, mon cœur Afrique entonne
Le chant d’un vieil arbre abattu ;
De son bois un djembé résonne
Dans la mangrove au souvenir
Baignant l’enfance en devenir.
Las ! que ma forêt me pardonne !

Du bois de l’arbre est la pirogue
Où doucement l’enfant s’endort ;
Dérive, insouciance, et vogue,
Le fleuve et ses reflets sont d’or.
Debout ! Les flots noirs du Zambèze
Ont la fureur que rien n’apaise,
Que le djembé résonne fort !

Ô toi, mon cœur griot récite
Les mots et les noms désirés,
Tous ceux que l’homme ressuscite,
Ceux que l’enfant a déchirés.
Ce nom que le djembé martèle
N’est que légers battements d’elle,
Las ! que ces coups font chavirer !

Ô toi, mon cœur sorcier envoute
La nuit du tourment revêtu
Comme un ciel froid drape sa voute,
Et toi mon cœur pourquoi bats-tu ?
Que le djembé casse la danse
De l’homme mûr et de l’enfance,
Pour dire, enfin, mon cœur s’est tu !

Guillaume Apollinaire

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