Claire Gillie

« Chut ! » ! Ce doigt qui barre les lèvres, sur quel secret va-t-il clore la bouche ? C’est un doigt qui divise le lieu même de la parole, divise le lieu par où un sujet ne va donc plus pouvoir dire « qu’à moitié ». Doigt de l’interjection impérative et interdictrice, il intime l’ordre de passer la parole sous silence. Mise à l’index de la voix, c’est cependant un cri d’appel par le vide, une mise à l’isolement : coup de grâce porté au temps suspendu entre soi et l’autre, advenue d’un silence qui dénonce le silence de l’innommable. Cet innommé tenu secret invite le sujet qui le porte à mettre sa voix en sourdine, sotto-voce, au risque de l’envoyer aux oubliettes. La voix alors aphoniée ou dysphonique prend l’aspect chuchoté de la voix du secret, faisant paradoxalement tendre l’oreille à l’autre. C’est comme si un secret transpirait par tous les pores de la parole trouée. Voix « mise au trou » en quelque sorte…

De la voix, Claire Gillie a fait un thème électif de réflexion, s’étant mise, au service de « la voix », de longue date. Faisant de ses interventions et de ses journées internationales voix/analyse de véritables « concerts Pasdeloup » analytiques de la voix  !

Son trajet est en résonance avec l’intérêt de la psychanalyse pour la voix, depuis le savoir de l’inconscient. Son travail fait entrer en résonance un treillis de son parcours qui va de la musicologie (elle est professeur agrégé) à l’anthropologie psychanalytique (elle est Docteur en anthropologie psychanalytique de Paris 7), en passant par la sociologie et l’ethnomusicologie (CNRS). Ce qui peut paraître un « grand écart » se démontre comme une nécessité, justement à travers cette mise en série de ses interventions et écriture. Un tournant   dans sa recherche est la rencontre de Michel Poizat, qui fut membre de l’équipe « Psychanalyse et pratiques sociales », unité de recherche associée CNRS/ Université de Picardie puis Paris-7  – dans le sillage de laquelle Claire Gillie a inscrit son propre travail, prolongeant ainsi ce qui marque indéniablement une référence dans l’appropriation psychanalytique de l’objet vocal. Dans ce travail d’auteur, sourd une visible délectation prise au mot et au fait rare – comme une quête de cet incorporel sensuel qu’est la voix.  Et de ce cœur aphone de la voix sans lequel les destins et avatars de la voix demeureraient inaudibles » [d’après la préface de PL Assoun à son ouvrage Voix Eperdues édité chez Solipsy].

Elle s’inscrit d’autre part dans la transmission de la psychanalyse, puisqu’elle Psychanalyste, Membre d’Espace Analytique (A.M.E.a) et de la FEP (Fondation européenne pour la psychanlyse), Chercheur associée au Laboratoire CRPMS de Paris 7, responsable du D.U. Voix et Symptômes, Psychopathologie et clinique de la Voix à Paris 7.

Traductrice dans la collection Psychanalyse et Religion dirigée par Paul-Laurent Assoun au éditions du Cerf (Freud, Pfister), elle dirige également la collection Voix & Psychanalyse chez Solipsy qui comporte à ce jour une douzaine de publications.

Présidente du CRIVA, Cercle de Recherche International Voix Analyse qu’elle a fondé, elle organise des rencontres mettant les souffrances vocales à l’épreuve de la psychanalyse. Car le sujet cédant à l’injonction de l’éclipse vocale nous invite à faire avec lui, sur la pointe des pieds, le trajet qui le mène de son secret de sujet parlant à l’énigme de sa vérité. Nous rappelant que nous ne sommes que des passagers clandestins de notre propre parole.

Texte publié dans le numéro 1 de la revue Hexen : L’OEIL AU POING.

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