Toi, ma nuit

« Au fond, d’une façon ou d’une autre, il y avait toujours quelque chose d’excessif en elle. Quelque chose qui jetait l’alarme dans ce monde où le juste milieu et la bonne moyenne étaient de rigueur. Quand elle se taisait, elle semblait muette de naissance, minéralisée dans la force de son silence. Quand elle ne laissait filtrer dans son regard que sa tristesse, elle paraissait y concentrer à haute dose toute l’angoisse et le désespoir de la planète. Quand la fièvre la prenait, on pouvait croire qu’elle allait bouffer de l’espace à la fourchette, violer des inconnus sur les tables, écorcher vif des nouveaux-nés, allumer des pétards sous les jupes de la vertu, enfiler en brochette les sentiments pour les dévorer à belles dents, cracher feu et cyclone, griffer le soleil et rugir toute nue à la vie comme une bête sauvage. Quand elle allumait du mépris dans son regard, rien ne paraissait pouvoir trouver grâce à ses yeux dont le regard vitrifié traversait les choses pour les mettre à vif aussi sûrement que sous l’effet d’un rayon X. Quand elle se laissait aller à sa tendresse, on croyait que n’importe quel déchu de ce monde pourrait l’apitoyer et se faire aimer d’elle. »

Jacques Sternberg, Toi, ma nuit, éditions 10/18

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