De toutes les sortes de décadence en ce monde

« Quand la vague recula, ma dépravation avait été entraînée avec elle. En même temps que son reflux, en même temps que les innombrables organismes vivants qu’elle contenait – microbes, graines de plantes marines, œufs de poissons – mes myriades de spermatozoïdes avaient été engloutis dans la mer écumante et emportés. »

« C’est ainsi que je fus d’abord obsédé par l’idée du baiser. En fait, l’acte appelé baiser ne représentait rien de plus pour moi qu’un endroit où mon ardeur pourrait chercher un abri. Je puis dire cela maintenant. Mais à cette époque, pour me leurrer, pour m’imaginer que ce désir était une passion animale, je dus entreprendre un travestissement minutieux de mon moi véritable. Le sentiment inconscient de culpabilité résultant de ce faux-semblant me contraignait à jouer un rôle conscient et mensonger. Mais, est-on en droit de se demander, peut-on être aussi totalement infidèle à sa véritable nature ? Ne serait-ce que pour un moment ? Si la réponse est non, alors il n’y a aucune façon d’expliquer le mystérieux processus mental par lequel nous désirons ardemment des choses dont en réalité nous n’avons nul besoin, n’est-il pas vrai ? Si l’on admet que j’étais exactement le contraire de l’homme moral qui réprime ses désirs immoraux, cela signifie-t-il que mon cœur nourrissait les désirs les plus immoraux ? De toute manière, mes désirs n’étaient-ils pas extrêmement mesquins ? ou bien m’étais-je complètement leurré ? n’étais-je pas en train d’agir, dans les moindres détails, comme un esclave des conventions ? le moment allait venir où je ne pourrais désormais plus écarter la nécessité de répondre à ces questions. »

« En vérité, de toutes les sortes de décadence en ce monde, celle de la pureté est la plus redoutable. »

« Je sais pertinemment que je joue le rôle d’un être normal, cette pensée a même corrodé ce qu’il y avait en moi de normal à l’origine, elle a fini par m’amener à me me dire et à me redire à moi-même que cela aussi n’était qu’une prétendue normalité. En d’autres termes, je deviens l’un de ces êtres qui ne peuvent croire à rien d’autre que le faux-semblant. »

Yukio Mishima, Confession d’un masque

Yukio Mishima

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