Henry and June

« Le lendemain, je reçois une énorme lettre de lui. Je suis émue rien qu’en la touchant.
« A ton retour, je vais t’offrir une fête d’amour littéraire – ce qui veut dire baiser et parler et parler et encore baiser. Anaïs, je vais littéralement t’écarteler. Que Dieu me pardonne si jamais cette lettre est ouverte par erreur. Je n’y peux rien. Je te veux. Je t’aime. Tu es mon pain et mon vin, tu fais fonctionner cette foutue machine, pour ainsi dire. Etre sur toi est une chose, mais me rapprocher de toi en est une autre. Je me sens proche de toi, je ne forme qu’un avec toi, tu es à moi, que cela soit admis ou pas. Chaque jour d’attente est pour moi une torture. Je les compte lentement, douloureusement. Reviens le plus tôt possible. J’ai besoin de toi. Bon Dieu, que j’ai envie de te voir à Louveciennes, de te voir dans ta robe verte comme le Nil et ton visage si pâle, une pâleur glacée comme le soir du concert. Je t’aime comme tu es. J’aime tes reins, leur pâleur dorée, la courbe de tes fesses, ton jus. Anaïs, je t’aime tellement, tellement ! J’en deviens muet. Je suis là, en train de t’écrire, avec une érection magnifique. Je peux sentir tes lèvres se refermer sur moi et ta jambe me serrer très fort ; je te vois dans la cuisine soulevant ta robe et t’asseyant sur moi, et la chaise qui se met à se promener sur le carrelage, en faisant boum, boum, boum ! »
Je réponds sur le même ton, j’y rejoins mon mot et j’envoie un télégramme. Oh ! Il n’y a rien à faire contre l’invasion de Henry ! »

Anaïs Nïn, Cahiers secrets
ninmiller

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