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Présentation du sommaire du numéro 3 de la revue Hexen

Auparavant « patchwork » selon l’expression d’Eric Dusssert, la revue Hexen se scindera désormais en cinq parties :

  • eXcritures proposera des textes marqués au fer rouge, une écriture du dehors, qui cherche le dehors, des mots qui poussent d’entre les murs, d’entre les dents.
  • eXpositions sera dédiée aux arts visuels, marginaux, expérimentaux ; aux scènes ouvertes, claires, obscures.
  • réfleXions portera sur les connaissances singulières et occultes.
  • eXquises/eXtrêmes regroupera des écrits qui auront pour référence la superbe phrase de Nora Mitrani : « les représentations érotiques, si elles ne provoquent pas le vertige ou les larmes, sont méprisables« .
  • eXilée mettra à l’honneur une personnalité, littéraire ou artistique, injustement oubliée. Parce que née au mauvais moment, au mauvais endroit et souvent portant une voix dérangeante.

Voici donc un avant-gout du prochain numéro d’heXen. D’ici quelques jours, nous vous détaillerons la liste des auteurs participant à cette aventure.

Belle nuit et merci infiniment de vos messages de soutien !

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Le numéro 3 de la revue Hexen sortira le mois prochain : voici déjà la couverture !

Bonsoir !

Après moult péripéties, nous sommes heureux de vous annoncer la sortie du numéro 3 de la revue Hexen, nouvelle version, au mois de septembre 2021. C’est avec beaucoup de fierté que nous avons choisi d’illustrer la couverture de cette troisième édition par un dessin original signé Lucm Rezé.
Peintre dont vous pouvez consulter la somptueuse galerie en ligne ici (ainsi que ses réflexions, notes et pensées) : https://lucmreze.blogspot.com/

Ce nouvel opus de la revue Hexen s’annonce des plus riches ; voici les premiers éléments « bruts » :

Art et littérature.
Couverture originale de Lucm Rezé imprimée sur papier satiné « peau de pèche ».
Dos carré-collé.
40 auteurs.
12 peintres et photographes.
212 pages.
Papier couleur.
En ligne courant septembre 2021.

De nombreuses surprises figureront au sein des textes.

Il sera bien sûr disponible sur notre site de vente en ligne : https://editionshexen.bigcartel.com.

Evidemment aussi dans toutes les bonnes librairies de France et de Navarre… A bientôt pour davantage de précisions. Et bien sûr, nous organiserons un mémorable Cabaret Hexen pour fêter cette publication ! Nous comptons sur vous !

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Retour en images sur la soirée littéraire – Cabaret Hexen – du 25 juillet 2021

Pour le lancement du livre d’Ivan de Monbrison, La Reine morte, le Cabaret Hexen s’est offert au public des Galopins, place de Clichy, dans la plus pure démesure dadaïste.

L’auteur survolté, tantôt éphèbe perruqué, tantôt moine bonze masochiste, nous a livré une performance viscérale de son œuvre. Il n’a pas hésité pour cela à se faire piétiner au sens propre du terme par Agnès Henneguy, partenaire consentante de la transe poétique de son partenaire de jeu. Tout cela sous l’œil mi-sévère, mi-complice d’Etienne Cottereau, metteur en scène génial de Guérasim Luca.

Julie Facquier, future auteure de la revue Hexen nous a lu plusieurs passages de ses livres : Mauvaises chute et Le chant silencieux du Colibri. Nimbée de bleu pétrole, elle a illuminé la scène accompagnée par le guitariste des étoiles, Fred Alera. Ses œuvres ont fait un malheur.

Chloé Oster, qui dirige la compagnie théâtrale de l’Obskuravu, mais qui est aussi écrivaine – Sous le Même Ciel publié en 2018, remarqué par le concours Vivons les Mots, a porté les vers du mystérieux et envoûtant poète Petit-être, présent dans le prochain opus de de la revue Hexen.

Pour saisir l’essence musicale de ce moment déraisonnable, il nous fallait un sage… Après avoir capturé la poésie de Petit-être, Dominique Bertrand, penseur multiple, musicologue, poète, sorcier, philosophe et accessoirement virtuose de la flute shakuhachi, a saisi comme jamais la frénésie incantatoire des mots de Valéry Meynadier, récemment éditée par les éditions Al Manar pour La morsure de l’ange, dans la collection Erotica.

En ouverture de cette sarabande infernale, François Pain-Douzenel, metteur en scène et co-fondateur de la compagnie « Les Pirates des Songes« , nous a véritablement lancé un sort sous la forme d’une danse digne d’une cérémonie vaudou. Et, en guise de conclusion, il nous a invité, sur les traces de Charles Bukowski, à boire un « Dernier verre« … Nous ne sommes pas fait prier.

Le tout sur des thèmes musicaux de Georges Delerue, de Chet Baker et Marilyn Manson.

Maintenant, place aux images…

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Je suis le gardien du phare – Eric Faye

« Regardez ce bâtiment là-bas.
Autrefois c’était l’université. On l’a rebaptisé -Institut de l’oubli.
C’est là que jeunes, adultes et vieillards se rendent pour suivre des cours du soir, ils s’emploient à désapprendre, à se détromper. Ici, les gens poursuivent leurs désuétudes. Les désétudiants reçoivent un diplôme quand ils parviennent à se délester de l’essentiel. Nous avons des docteurs en oubli comme vous en avez en sciences.
Voilà ce que vous aurez à faire si vous tenez à rester ici, devenir un habitant des limbes ! »

Éric Faye – Je suis le gardien du phare (et autres récits fantastiques) / Seuil 2000.

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Daumal & The Doors

« Je connais déjà ta saveur, je connais l’odeur de ta main, maîtresse de la peur, maîtresse de la fin.

J’ai touché déjà tes os à travers ta chair sans âge pétrie d’insectes millénaires et de calices de fleurs futures.

J’ai dormi depuis les déluges, j’ai dormi

au fond de toi, sur ton épaule, j’ai dormi sans nom —

ta poitrine n’a pas changé,

l’air de la vie n’a plus le nerf de m’éveiller —

ne me nomme jamais, ne me réveille pas ;

tes poumons immobiles ont désappris aux miens

à respirer le souffle faible de ce monde

le mourant ! car il agonise dans les trompettes,

les pluies battantes, et qu’il crève, le géant faible,

monde vieillard qui s’époumonne

dans le feu pâle auréolant ta tête,

cette lueur, ô veilleuse aveugle des morts, pensante

sans sommeil au fond des rêves

loin de l’huile de la vie,

endormeuse, nous avons ensemble ce secret

que je t’ai pris au carrefour martelé de lune;

souviens-toi, tu étais habillée en petite fille,

tu guettais sur les dalles, la bouche sur ton secret.

Souviens-toi, je t’ai prise aux cheveux,

tu as desserré les dents,

souviens-toi, pour moi, pour moi seul,

parce que j’avais tout trahi pour toi

— oui, messieurs de la fumée et de l’ombre,

je vous ai trahis tous pour elle ;
[…]

je l’ai trahie et j’ai trahi le monde pour elle,

pour cette enfant que de vie en vie je retrouve,

î’endormeuse sans sommeil,

la veilleuse de la fin — ô ma mort!

tu as desserré les dents :

la boule, le feu, l’astre de gorge,

la convulsion folle derrière tes lèvres,

indéfiniment derrière tes dents, ce mur

où tant d’autres se cassent la tête,

… et ce que je ne puis dire…

Mais à qui parlerais-je ? toute oreille, tout œil

sombrent dans le silence et la nuit sans mémoire.

Tu veilles seule, enfant des baumes,

mort du carrefour, bois mon sommeil,

ne laisse rien de moi,

je suis seul à t’avoir vue plus présente qu’elles,

les fumées femelles,

les rôdeuses qu’un vrai regard dissipe,

je t’aime plus loin qu’au fond des rêves,

maîtresse de la peur,

maîtresse de la fin,

ne m’éveille plus,

ne me nomme plus. »

René Daumal
– The Doors / You’re Lost Little Girl

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Dans la solitude des champs de coton – Bernard-Marie Koltès

— Alors ne me refusez pas de me dire l’objet, je vous en prie, de votre fièvre, de votre regard sur moi, la raison, de me la dire ; et s’il s’agit de ne point blesser votre dignité, eh bien, dites là comme on la dit à un arbre, ou face au mur d’une prison, ou dans la solitude d’un champ de coton dans lequel on se promène, nu, la nuit ; de me la dire sans même me regarder.

Bernard-Marie Koltès – Dans la solitude des champs de coton

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Paul Celan – Froncés de nuit

Froncés de nuit

Pour Hanna et Hermann Lenz

Froncés de nuit
les lèvres des fleurs,
croisés et enchevêtrés
les fûts des grands pains,
grisaillée la mousse, ébranlée la pierre,
réveillés pour le vol glacial :

c’est la contrée où
font une pause ceux que nous avons rattrapés :

ils ne nommeront pas l’heure,
ne compterons pas les flocons,
ne suivront pas les eaux jusqu’au barrage.

Ils seront là dans le monde, à part,
chacun seul auprès de sa nuit,
chacun seul auprès de sa mort,
hargneux, nu-tête, givré
de proche et de lointain

Paul Celan – Pavots et Mémoire
Photographie : « The tunnel » – @alexalloulphoto

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J-5 avant la soirée de lancement du livre La Reine morte d’Ivan de Monbrison !

Ce dimanche 25 juillet à partir de 18h30 au bistro Les Galopins, 66, rue de Clichy, 75009, Paris… Métro Place de Clichy. Il y aura des animaux sauvages en liberté, un danseur-sorcier, des lectures fougueuses, des musiciens électriques et lunaires, du cinéma sur grand écran… On vous attend avec impatience pour cette folle sarabande !

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Paul Celan : Renverse du souffle

À PRAGUE

La moitié de mort
allaitée avec notre vie,
était là tout autour de nous vraie d’images de cendres —

nous aussi
nous buvions encore, entrecroisés d’âme, deux dagues,
cousus à des pierres de ciel, né de sang de mot
dans le lit de nuit,

nous avons grandi et grandi
de plus en plus l’un au travers de l’autre, il n’y avait plus de nom pour
ce qui nous poussait (l’une des trente
et combien
était-elle, mon ombres vivante,
qui grimpait l’escalier de délire jusqu’à toi ?),

haute tour
l’À-moitié s’allait construire dans le vers où,
Hradschin*
de pur Non-de faiseur d’or
un hébreu d’os,
moulu en sperme,
s’écoulait dans le sablier
que nous traversions à la nage, deux rêves maintenant, sonnant
contre le temps, sur les places.

*Le Hradschin est le grand château de Prague.

Paul Celan – Renverse du souffle
Tableau : œuvre d’Ivan de Monbrison

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Article complet de Virginie Foloppe pour la revue Hexen 3 : Edi Dubien – Se dépeindre

« Je me souviens de toi, quand, à l’aide d’un herbier, tu composes les feuilles de ton art, un recueil d’images sensitives. La tentation de souffler sur un pissenlit me prend. Car, dans ton dictionnaire botanique, je découvre des définitions que je ne connais pas. Leur lumière me parvient, à travers les voltiges d’akènes à la délicatesse florale. »

Virginie Foloppe

https://issuu.com/home/published/edi_dubien_-se_d-peindre_par_virginie_foloppe_po

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Publication de La reine mort et de Terres amères d’Ivan de Monbrison aux éditions Hexen

Les exemplaires de La Reine morte & Terres amères, dernier recueil poétique d’Ivan de Monbrison publié par les éditions Hexen viennent enfin de nous parvenir ! Ils sont magnifiques et déjà disponibles à la vente via notre site (ici ==> https://editionshexen.bigcartel.com/product/la-reine-morte) ! Nous vous attendons aussi avec impatience à la soirée de lancement du livre le 25 juillet ! À partir de 18h30, aux Galopins, 66, rue de Clichy, 75009 (souvenez-vous : https://editionshexen.com/2021/07/01/lancement-du-livre-la-reine-morte-divan-de-monbrison/)….
À tout vite !

« L’amour est a réinventer
l’amour
se
quitte
se
révulse
se
révolte
s’écrit
se crie, s’écrit
démence originale
mais tu as peint ma silhouette en noir sur ton tombeau »

Ivan de Monbrison – La Reine morte

Né en 1969 à Paris, Ivan de Monbrison est peintre, sculpteur et poète.

En parallèle de nombreuses publications dans diverses revues telles que Arpa, Friches, Phréatique, Concerto pour marées et silence, Hexen, Traversées, Pojar, il a édité L’Ombre déchirée (La Bartavelle, 1994), Journal (La Bartavelle, 1997), La corde à nu (La Bartavelle, 2000), Ossuaire (HC, 2009), Sur-faces (HC, 2011), Les Maldormants (Ressouvenances, 2014) , Orgasmes et Fantaisies (5 Sens, 2016), Nanaqui ou les tribulations d’un poète (5 Sens , 2017), The Overflowing body (Greying Ghost press, 2018), Irradié (Le Chat
Polaire, 2020), La cicatrice nue (Traversées, 2020), Le Vide Intime (Hexen, 2020).

Aujourd’hui, il travaille à une réécriture de la Divine Comédie de Dante Alighieri, intitulée Opus 666. L’Enfer.

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Explorateurs de l’abîme – L’Enfer

Je pense qu’un livre naît d’une insatisfaction, d’un vide, dont les périmètres se révèlent au au cours et à la fin du travail. L’écrire, c’est sûrement remplir ce vide. Dans le livre que j’ai terminé hier, tous les personnages finissent par être des explorateurs de l’abîme ou plutôt de son contenu. Ils enquêtent sur le néant et n’arrêtent que lorsqu’ils tombent sur l’un de ses éventuels contenus, car il leur déplairait sans doute d’être confondus avec des nihilistes. Confrontés au monde, ils ont tous choisi de se pencher au-dessus du vide. Et il ne fait aucun doute qu’ils sont liés à une phrase de Kafka : « Loin d’ici, voilà mon but. »


Enrique Vila-Matas – Explorateurs de l’abîme, Christian Bourgois éditeur

Illustration : Romy Schneider dans L’Enfer de Clouzot (1964)

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Grand méchant loup, nouvelle érotique de F. Duchâtel

« Âgée de 31 ans, je suis passionnée de littérature et j’écris principalement des nouvelles et de la poésie depuis le plus jeune âge. Mon premier recueil de poèmes « tes bras sont une fête » est sur le point de paraître. Mes thèmes de prédilection sont la féminité et les différentes manières de l’habiter, la folie et la complexité des rapports humains ».

« Le sort de la soirée se scella là, yeux sur l’asphalte, son membre dans la main. »

La totalité de cette nouvelle sera publiée dans la revue Hexen 3.

T’épingler, Tout droits réservés Nina Scceletton

https://issuu.com/revuehexen/docs/f.duchatel-_grand_m_chant_loup_revue_hexen

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Violette Noziere – 1933

« Tous les rideaux du monde tirés sur tes yeux »
André Breton

« Violette rêvait de bains de lait,
De belles robes
De pain frais
De belles robes
De sang pur
Un jour il n’y aura plus de père
Dans les jardins de la jeunesse
Il y aura des inconnus
Tous les inconnus
Les hommes pour lesquels on est toujours neuve
Et la première
Les hommes pour lesquels on échappe à soi-même
Les hommes pour lesquels on n’est la fille de personne
Violette a rêvé de défaire
A défait
L’affreux nœud de serpents des liens du sang. »
Paul Éluard

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« Cantos », poème de Petit-être

Cantos

sur tes mots
l’anonymat des neiges
voile hampes et tiges

pâle épure
ne demeurent
que les fleurs

neige prénom
neige initiale
comme pour disparaître

et tes mots
n’en rayonnent que plus

mais j’entends
et ta voix, ta voix
déborde soprane

chante
sacré, ce qui s’efface
la liturgie scintillante
des hiers déjà

(extrait de poèmes de Petit-être à paraître dans le numéro 3 de la revue Hexen)

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Le Phénix de Paul Eluard

Je suis le dernier sur ta route
Le dernier printemps la dernière neige
Le dernier combat pour ne pas mourir

Et nous voici plus bas et plus haut que jamais.

Il y a de tout dans notre bûcher
Des pommes de pin des sarments
Mais aussi des fleurs plus fortes que l’eau

De la boue et de la rosée,

La flamme est sous nos pieds la flamme nous couronne
A nos pieds des insectes des oiseaux des hommes
Vont s’envoler

Ceux qui volent vont se poser.

Le ciel est clair la terre est sombre
Mais la fumée s’en va au ciel
La ciel a perdu tous ses feux.

La flamme est restée sur la terre

La flamme est la nuée du coeur
Et toutes les branches du sang
Elle chante notre air

Elle dissipe la buée de notre hiver.

Nocturne et en horreur a flambé le chagrin
Les cendres ont fleuri en joie et en beauté
Nous tournons toujours le dos au couchant

Tout a la couleur de l’aurore.

Paul Éluard – Le Phénix (1951)
Dessin : Artiste de rue inconnu

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Lancement du livre La Reine morte d’Ivan de Monbrison

Rendez-vous le dimanche 25 juillet 2021 pour le lancement du livre La Reine morte d’Ivan de Monbrison !

Mi-soirée de lectures mi-Cabaret Hexen, nous vous invitons à une fugue poétique à partir de 18h30 au Bistro des Galopins, 66 Rue de Clichy, 75009 Paris. Métro Place de Clichy.

Surprises, lectures, improvisations musicales, performances et expériences déroutantes seront au programme…. Nous espérons vous y retrouver dans la douceur estivale pour fêter cet événement !

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Véra – Villiers de L’Isle-Adam

Cependant leur nature était des plus étranges, en vérité ! — C’étaient deux êtres doués de sens merveilleux, mais exclusivement terrestres. Les sensations se prolongeaient en eux avec une intensité inquiétante. Ils s’y oubliaient eux-mêmes à force de les éprouver. Par contre, certaines idées, celles de l’âme, par exemple, de l’Infini, de Dieu même, étaient comme voilées à leur entendement. La foi d’un grand nombre de vivants aux choses surnaturelles n’était pour eux qu’un sujet de vagues étonnements : lettre close dont ils ne se préoccupaient pas, n’ayant pas qualité pour condamner ou justifier. — Aussi, reconnaissant bien que le monde leur était étranger, ils s’étaient isolés, aussitôt leur union, dans ce vieux et sombre hôtel, où l’épaisseur des jardins amortissait les bruits du dehors. »

Villiers de L’Isle-Adam – Véra (Contes cruels)

Photographie prise au cimetière du Père-Lachaise.

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Renée Vivien – Dédain de Psappha

Vous qui me jugez, vous n’êtes rien pour moi.
J’ai trop contemplé les ombres infinies.
Je n’ai point l’orgueil de vos fleurs, ni l’effroi
De vos calomnies.

Vous ne saurez point ternir la pitié
De ma passion pour la beauté des femmes,
Changeantes ainsi que les couchants d’été,
Les flots et les flammes.

Rien ne souillera les fronts éblouissants
Que frôlent mes chants brisés et mon haleine.
Comme une Statue au milieu des passants,
J’ai l’âme sereine. »

Renée Vivien – Dédain de Psappha

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Guérasim Luca – La fin du monde

Prendre corps/

je te flore/tu me faune/

je te peau/je te porte/et te fenêtre/

tu m’os/tu m’océan/tu m’audace/tu me météorite/

je te clé d’or/je t’extraordinaire/tu me paroxysme/

[…]

je te lune/tu me nuage/tu me marée haute/je te transparente/tu me pénombre/tu me translucide/tu me château vide/et me labyrinthe/tu me parallaxes/et me parabole/tu me debout/et couché/tu m’oblique/je t’équinoxe/je te poète/ tu me danse/je te particulier/ tu me perpendiculaire/ et soupente /

tu me visible/tu me silhouette/tu m’infiniment/tu m’indivisible/tu m’ironie/

je te fragile/je t’ardente/je te phonétiquement/tu me hiéroglyphe/tu m’espace/tu me cascade/je te cascade à mon tour/mais toi/

tu me fluide/

tu m’étoile filante/

tu me volcanique/

nous nous pulvérisable/nous nous scandaleusement/ jour et nuit/nous nous aujourd’hui même/tu me tangente/je te concentrique/

[…]

prendre corps/

je te marine/je te chevelure/je te hanche/tu me hantes/je te poitrine/je buste ta poitrine/puis ton visage/je te corsage/tu m’odeur/tu me vertige/tu glisses/ je te cuisse/je te caresse/je te frissonne/tu m’enjambes/tu m’insupportable/ je t’amazone/je te gorge/je te ventre/je te jupe/je te jarretelle/je te peins/je te bach/pour clavecin/ sein/et flûte/je te tremblante/tu m’as séduit/tu m’absorbes/je te dispute/je te risque/je te grimpe/tu me frôles/je te nage/mais toi /tu me tourbillonnes/tu m’effleures/tu me cerne/tu me chair cuir peau et morsure […] tu me couvres/et je te découvre/je t’invente/parfois/tu te livres/tu me lèvre humide/je te délivre/je te délire/tu me délire/et passionne/je t’épaule/je te vertèbre/je te cheville/je te cil et pupille/et si je n’omoplate pas/avant mes poumons/même à distance/tu m’aisselle/je te respire/jour et nuit/je te respire/je te bouche/je te baleine/je te dent /je te griffe/je te vulve/je te paupière/je te haleine/je t’aime/je te sens/je te cou/je te molaire/je te certitude/je te joue/je te veine/je te main/je te sueur/je te langue/je te nuque/je te navigue/je t’ombre/je te corps/je te fantôme /

je te rétine/dans mon souffle/

tu t’iris/

je t’écris
tu me penses

Guérasim Luca – La fin du monde

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LA REINE MORTE – Ivan de Monbrison

Au cimetière du Père-Lachaise, Ivan de Monbrison vient de s’échapper non sans mal de la mausolée Demidoff, retenu captif par célèbre baronne Elizaveta Alexandrovna Stroganova… Mais il demeure, perdu entre les tombes, à la recherche de sa Reine.  

Il présente aux éditions Hexen sa dernière œuvre : La Reine morte, journal poétique de sa quête désespérée. 

Ce livre sera édité le 10 juillet et distribué dans toutes les bonnes librairies, selon l’expression consacrée (déjà visible notre boutique en ligne HEXEN : https://editionshexen.bigcartel.com/product/la-reine-morte).

Ivan de Monbrison, né en 1969 à Paris, est peintre, sculpteur et poète.

En parallèle de nombreuses publications dans diverses revues telles que Friches, Arpa, Phréatique, Concerto pour marées et silence, Hexen, Traversées, Pojar, il a édité L’Ombre déchirée (La Bartavelle, 1994), Journal (La Bartavelle, 1997), La corde à nu (La Bartavelle, 2000), Ossuaire (HC, 2009), Sur-faces (HC,  2011), Les Maldormants (Ressouvenances, 2014) , Orgasmes et Fantaisies (5 Sens, 2016), Nanaqui ou les tribulations d’un poète (5 Sens , 2017), The Overflowing body (Greying Ghost press, 2018), Irradié (Le Chat Polaire, 2020), La cicatrice nue (Traversées, 2020), Le Vide Intime (Hexen, 2020).

Aujourd’hui, il travaille à une réécriture de la Divine Comédie de Dante Alighieri, intitulée Opus 666. L’Enfer.

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Le magicien lunaire – Max Jacob

Émerge des faunes et des flores

et du fond des lunes bleues

des algues et des météores

puisque tu es plus vif que la lumière

et plus rapide, follet, je t’enverrai dans l’éther

porter mon étreinte.

Mon étreinte est une racine tangente

c’est une étreinte de plante.

Porter l’étreinte à celle qui ne m’attend pas,

et que j’attends.
Emerge du fond des lunes lentes.

Quel génie défunt es-tu ?
Devenu fée

La volonté des morts devient follet

Celui qui t’apporta est-il le dieu des grandes marées

des tempêtes qui donnent la fièvre aux ports

est-il le dieu des guerres et des échauffourées

qui font sortir les esprits rustiques des fourrés ?

Je t’envoie aux mines de diamants

aux dieux pour le pardon

aux esprits pour qu’on m’aide

car vous allez par grappe et par épis

De mon cerveau faites pour vous une ruche

c’est plus beau que d’être riche

Ô mon follet la
Kabbale te dessine

et te voici rôdant sur mon papier

avec tes airs d’assassin d’assassine

et ton sourire de grâces en acier.

Max Jacob – Le magicien lunaire

Photographie : Juliet Berto dans Céline et Julie vont en bateau de Jacques Rivette.

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L’annulaire – Yōko Ogawa

« [ …] je mettais mes escarpins de cuir noir tous les jours pour venir au laboratoire. Il me semblaient un peu lourds à porter avec mes tenues d’été de couleur claire, mais pour ne pas trahir la promesse échangée avec lui dans la salle de bains, je ne pouvais échapper au curieux ensemble qu’ils formaient avec ma robe de lin blanc.

En me chaussant le matin, la pression de ses doigts sur mes jambes, me revenait, c’était une drôle de sensation, pas vraiment douloureuse, mais qui m’entravait.

Les escarpins étaient légers, agréables à porter. Seulement, il m’arrivait parfois, l’espace d’un instant, de sentir mes pieds entièrement aspirés. A ce moment-là, j’avais l’impression que M. Deshimaru retenait mes jambes entre ses bras fortement serrés.

A partir de ce jour-là, nous avons pris l’habitude de nous retrouver régulièrement dans la salle de bains. »

Yōko Ogawa, L’Annulaire, Actes Sud, 1994

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La Morsure de l’ange : lecture de Valéry Meynadier

Divine lecture de La Morsure de l’ange de Valéry Meynadier (notre rédactrice en cheffe) accompagnée par Dominique Bertrand à la belle et courageuse librairie Équipages au mois de décembre.


« J’ai désécrit chaque mot /
À coups de langue »
Éditions Al Manar, encre de Rachid Koraïchi, collection Erotica, 2020

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Le numéro 2 de la revue Hexen est disponible : sommaire !

Une réimpression caniculaire, 200 pages, une multitude d’artistes au rendez-vous : c’est enfin le numéro 2 de la revue Hexen qui sort juste de l’imprimerie.. Et déjà en ligne ici : revue Hexen numéro 2

Au sommaire :

Éric Dussert // Codicophilie
Jean-Marc Flapp // La Tour
Joséphine Lanesem // Contre la mort
Petit-être // écoute claquer les drapeaux noirs
Ivan de Monbrison // Opus 2.4.6
Daniel Cabanis // Disons que Marthe est morte
James Fleann // HP3
Evgue-Riek Gevamagdala // Sous la tour blanche
Paul Elisia // Étranges hôtels
DOSSIER SPECIAL NELLY ARCAN
Lilas Bass // Nelly Arcan, écrivaine de la marge ultralucide
Virginie Foloppe // Nelly Arcan – Une utilisation féministe de la psychanalyse
Œuvres d’Arcan
Éclats de Nelly Arcan
Biographie
Principaux travaux sur Nelly Arcan
Ruth Nahoum // La Pudeur
Lisa Santos Silva // La vie en rose
Étienne-Marcel Dusssap // Forcipressure
Jean-René Vif // Scènes de la vie de Heidegger
Jeanne Miromensil // Désamour
Viviane Campomar // La légende de l’Érogisante
Valéry Meynadier // Poèmes
Angela Fortin // Hard Disk
Lila Lakehal // L’aube est l’X
Virginie Foloppe // Petite, fais voir comment tu es grande
Marina Giangregorio // Bois et mots flottés
Clélia Gabyrel // Clé d’ogive
Lilas Bass // Les larmes aussi ont une fin
Félix Fénéon // Illuminations

Couverture : Ruth Nahoum

200 pages
16x23cm

Merci mille fois de votre patience et compréhension en ces temps difficiles.

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Hira-Mandi

Dernière échoppe ouverte
dans la nuit de la ville
guirlandes de piments
samovar et phalènes
Halo blanc de l’acétylène
la barbe du patron est teinte d’un rouge espiègle

Trois hommes vêtues de cuir
lapent le thé vert versés dans leur soucoupe
hautes pommettes
brillant dans leurs faces cuivrées
sous la frange de feutres informe
pèlerins du Tibet chinois
en route vers l’Inde gangétique
pour accrocher leur moulin à prières
aux branches du figuier du Bouddha
puis s’en retourneront chez eux
à petit souffle à petits pas
par ces confins insurveillables
qui passent au-dessus des nuages

J’ai moi aussi rendez-vous avec un arbre
il n’est en tout cas plus question de dormir
quand la lune navigue comme une voile gonflée
si brillante et véloce
que l’âme elle-même en a une ombre

Lahore, 1954-1982, Nicolas Bouvier – Le Dehors

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Traité du funambulisme

Seul sur son fil

Là-haut, durant la longue accoutumance à son nouveau territoire, le funambule se sent seul. Sa silhouette restera longtemps inanimée. Agrippé des deux mains à la passerelle devant ce câble horizontal sur lequel il n’ose poser le pied, on croirait qu’il boit avec paresse le soleil couchant.
Il n’en n’est rien. Il gagne du temps.
Il mesure l’espace, palpe le vide, pèse les distances, surveille l’état des choses, et en fixe la place. Il savoure sa solitude en tremblant : il sera funambule s’il passe, il le sait.
Il veut aligner à la verticale de ses pensées ses doutes et ses craintes pour hisser jusqu’à lui le courage qu’il lui reste.
Mais cela prend trop de temps.
Le câble gagne du terrain, le ciel devient sombre, c’est maintenant une centaine de mètres qui le séparent de la plate-forme d’en face. Le sol n’est plus au même niveau, il a encore baissé. Des cris viennent des bois. La fin du jour est proche.
Au plus fort de son désespoir le funambule empoigne son balancier et croyant devoir renoncer, pas à pas il progresse, pas à pas il passe.
C’est son premier exploit.
Il demeure là à le comprendre, les yeux posés sur ce plancher tout neuf, tandis que l’obscurité court au ras du sol. Lui, avec la cime des arbres, partage la lumière qui s’attache plus légère que l’air.
Seul sur son fil, il s’enveloppe d’une allégresse âpre et sauvage par d’insouciantes traversées, sans ordre, dans l’humidité du soir. Il attache son balancier à la passerelle avant de prendre place au sommet du mât au sein d’un espace noir et glacé pour recevoir sans angoisse la nuit qui rentre.

Philippe Petit, Traité du funambulisme, Actes Sud, préface de Paul Auster

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L’anniversaire – Lisa Santos Silva

« Le sang Celte, Romain, Lusitain et tant d’autres, ont fait d’elle une femme à la force archaïque. De peau claire et cheveux sombres, qu’elle porte longs et souvent tenus par des peignes, Palmira a l’habitude de regarder droit devant. Quelque chose en elle agace pourtant, une fierté, peut-être, ou bien ses boucles d’oreille en or, va savoir…

Palmira a connu la disparition du monde qui l’a vu grandir sous les tropiques, elle a connu la guerre, des révolutions, a participé à des commencements historiques, elle a inspiré des artistes :
« ….
Toi
cristal pointu
Sans gaine,
les angles saillants
lueur frêle et froide
d’arme blanche
…. 1) »
[…]
Partout où elle passait, Palmira dressait désormais de petits ou grands reliquaires du culte des êtres disparus, de ses maisons hantées, de ses bonheurs et de ses joies, une manière de narguer le temps, de narguer le destin. Quelque chose de l’animisme des tropiques avait pénétré son âme. L’une de ses amies disait d’elle que Palmira était la prêtresse de son propre culte… Se sentait-elle toujours menacée ? Oui, bien sûr. »

Extraits de L’anniversaire, de Lisa Santos Silva, publié chez Maliciosa Alta Éditions

Sur l’image, le catalogue et cartes postales de Metamorfoses do Albatroz, exposition consacrée à Lisa Santos Silva au Museu Nacional do Traje (Musée National du Costume) à Lisbonne.

Merci mille fois à l’artiste pour cet envoi ! Nous la retrouverons dans les pages de la revue Hexen numéro 2 et 3.

  1. Eurydice Trichon Milsani, in 25 Poèmes pour L, 1985
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Prochain Cabaret et réimpression du n°2 de la revue Hexen

Un télex pour vous annoncer la date du prochain Cabaret Hexen : 23 septembre 2020. Cela se déroulera à partir de 18h dans un cadre festif et poétique, au cœur du 20ème arrondissement de Paris (événement reporté).
Plus d’informations à venir, très vite.

Autre nouvelle : la réimpression du numéro 2 de la revue Hexen aura bien lieu avant le 15 août.

Belle soirée, psychiquement vôtre.

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Nous sommes invisibles – Edmond Jabès

Quand tu es loin
il y a plus d’ombre
dans la nuit
il y a
plus de silence
Les étoiles complotent
dans leurs cellules
cherchent à fuir
mais ne peuvent
Leur feu blesse
il ne tue pas
Vers lui quelque fois
la chouette lève la tête
puis ulule
Une étoile est à moi
plus qu’au sommeil
et plus qu’au ciel
distant absent
prisonnière hagarde
héroïne exilée
Quand tu es loin
il y a plus de cendres
dans le feu
plus de fumée
Le vent disperse
Tous les foyers
[…]
Tu apparais
derrière mes paupières
comme autrefois
quand pour te dévêtir
tu masquais la lampe
qui te gênait
Nous dormons côte à côte
dans la nuit qui nous forme
par amour
Je te donne mes mains
tombées des miennes
et ta voix.

Edmond Jabès – La clef de voûte – 1949

© Fanette Rangin
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ETOILE, RESTE UNE ETOILE°

« Grande fleur des forets, grande fleur cicatrisante ouvre toi chaude, ouvre-toi rouge sur ma tête araigneuse ; je ne veux faire de toi qu’une grande fenêtre sans vitre de soleil et de musique ; ouvre-toi en robe nocturne, en rose de feu, en notes aiguës de pierre de feu, toi qui gardes vraiment ce cri unique du mal, de ce mal fabuleux d’être seule et amoureuse. Et je te vois, violente, je te vois nue et splendide, sur une corde infinie, étoile de nuit, pleine de souffrance, pleine à aimer. Reste à la nuit cette magique volupté, ce désir invulnérable aux prières insensées ; reste la dans ta forme première mais changeante pour chaque passion. Un jour viendra où les hommes en masques sensuels auront peut-être le droit de cueillir sans se lever cette fleur légère, humide de clarté ; brûlante du feu liquide, timide de grâce qui ne s’ouvre que pour la mort. Mais reste encore ce pic de joie, ce cœur blessé, ce cœur fait d’ondes énigmatiques sur qui le jour quand il se lève se casse les doigts à chaque jointures et saigne, saigne sur l’aurore un beau sang rouge du soleil délirant.
Et je te confonds encore avec ma chair et mon cœur reste insensé comme ce membre d’une vie heureuse qui se soulève à chaque élan du vent. »
(Mars 1947.)

Jean-Pierre Duprey, Premiers poèmes inédits et publiés, Derrière son double, Poésie/Gallimard

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Auberge – Pierre Reverdy

Auberge

Un œil se ferme
Au fond plaquée contre le mur la pensée qui ne sort pas
Des idées s’en vont pas à pas
On pourrait mourir
Ce que je tiens entre mes bras pourrait partir
Un rêve
L’aube à peine née qui s’achève
Un cliquetis
Les volets en s’ouvrant l’ont abolie
Si rien n’allait venir
Il y a un champ où l’on pourrait encore courir
Des étoiles à n’en plus finir
Et ton ombre au bout de l’avenue
Elle s’efface
On n’a rien vu
De tout ce qui passait on n’a rien retenu
Autant de paroles qui montent
Des contes qu’on n’a jamais lus
Rien
Les jours qui se pressent à la sortie
Enfin la cavalcade s’est évanouie
En bas entre les tables où l’on jouait aux cartes

Pierre Reverdy

Portrait de Pierre Reverdy par Juan Gris
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Les danses nocturnes – Sylvia Plath

Les danses nocturnes

Un sourire est tombé dans l’herbe.
Irrattrapable!

Et tes danses nocturnes, où iront-elles
Se perdre. Dans les mathématiques?

De tels bonds, des spirales si pures –
Cela doit voyager

Pour toujours de par le monde, je ne resterai donc pas
Totalement privée de beauté, il y a ce don

De ton petit souffle, l’odeur d’herbe
Mouillée de ton sommeil, les lys, les lys.

Leur chair ne tolère aucun contact.
Plis glacés d’amour-propre, l’arum,

Le tigre occupé de sa parure –
Robe mouchetée, déploiement de pétales brûlants.

Tes comètes
Ont un tel espace à traverser,

Tant de froid et d’oubli.
Alors les gestes se défont –

Humains et chauds et leur éclat
Saigne et s’émiette

À travers les noires amnésies du ciel.
Pourquoi me donne-t-on

Ces lampes, ces planètes
Qui tombent comme des bénédictions, des flocons –

Paillettes blanches, alvéoles
Sur mes yeux, ma bouche, mes cheveux –

Qui me touchent puis disparaissent à tout jamais.
Nulle part.

Sylvia Plath – Ariel

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Le Guetteur mélancolique

Et toi mon cœur pourquoi bats-tu ?
Ô toi, mon cœur Afrique entonne
Le chant d’un vieil arbre abattu ;
De son bois un djembé résonne
Dans la mangrove au souvenir
Baignant l’enfance en devenir.
Las ! que ma forêt me pardonne !

Du bois de l’arbre est la pirogue
Où doucement l’enfant s’endort ;
Dérive, insouciance, et vogue,
Le fleuve et ses reflets sont d’or.
Debout ! Les flots noirs du Zambèze
Ont la fureur que rien n’apaise,
Que le djembé résonne fort !

Ô toi, mon cœur griot récite
Les mots et les noms désirés,
Tous ceux que l’homme ressuscite,
Ceux que l’enfant a déchirés.
Ce nom que le djembé martèle
N’est que légers battements d’elle,
Las ! que ces coups font chavirer !

Ô toi, mon cœur sorcier envoute
La nuit du tourment revêtu
Comme un ciel froid drape sa voute,
Et toi mon cœur pourquoi bats-tu ?
Que le djembé casse la danse
De l’homme mûr et de l’enfance,
Pour dire, enfin, mon cœur s’est tu !

Guillaume Apollinaire

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Je suis verticale – Sylvia Plath

JE SUIS VERTICALE


Mais je voudrais être horizontale.
Je ne suis pas un arbre dont les racines en terre
Absorbent les minéraux et l’amour maternel
Pour qu’à chaque mars je brille de toutes mes feuilles,
Je ne suis pas non plus la beauté d’un massif
Suscitant des Oh et des Ah et grimée de couleurs vives,
Ignorant que bientôt je perdrai mes pétales.
Comparés à moi, un arbre est immortel
Et une fleur assez petite, mais plus saisissante,
Et il me manque la longévité de l’un, l’audace de l’autre.
Ce soir, dans la lumière infinitésimale des étoiles.

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L’union libre – André Breton

L’Union libre

Ma femme à la chevelure de feu de bois
Aux pensées d’éclairs de chaleur
A la taille de sablier
Ma femme à la taille de loutre entre les dents du tigre
Ma femme à la bouche de cocarde et de bouquet d’étoiles de dernière grandeur
Aux dents d’empreintes de souris blanche sur la terre blanche
A la langue d’ambre et de verre frottés
Ma femme à la langue d’hostie poignardée
A la langue de poupée qui ouvre et ferme les yeux
A la langue de pierre incroyable
Ma femme aux cils de bâtons d’écriture d’enfant
Aux sourcils de bord de nid d’hirondelle
Ma femme aux tempes d’ardoise de toit de serre
Et de buée aux vitres
Ma femme aux épaules de champagne
Et de fontaine à têtes de dauphins sous la glace
Ma femme aux poignets d’allumettes
Ma femme aux doigts de hasard et d’as de cœur
Aux doigts de foin coupé
Ma femme aux aisselles de martre et de fênes
De nuit de la Saint-Jean
De troène et de nid de scalares
Aux bras d’écume de mer et d’écluse
Et de mélange du blé et du moulin
Ma femme aux jambes de fusée
Aux mouvements d’horlogerie et de désespoir
Ma femme aux mollets de moelle de sureau
Ma femme aux pieds d’initiales
Aux pieds de trousseaux de clés aux pieds de calfats qui boivent
Ma femme au cou d’orge imperlé
Ma femme à la gorge de Val d’or
De rendez-vous dans le lit même du torrent
Aux seins de nuit
Ma femme aux seins de taupinière marine
Ma femme aux seins de creuset du rubis
Aux seins de spectre de la rose sous la rosée
Ma femme au ventre de dépliement d’éventail des jours
Au ventre de griffe géante
Ma femme au dos d’oiseau qui fuit vertical
Au dos de vif-argent
Au dos de lumière
A la nuque de pierre roulée et de craie mouillée
Et de chute d’un verre dans lequel on vient de boire
Ma femme aux hanches de nacelle
Aux hanches de lustre et de pennes de flèche
Et de tiges de plumes de paon blanc
De balance insensible
Ma femme aux fesses de grès et d’amiante
Ma femme aux fesses de dos de cygne
Ma femme aux fesses de printemps
Au sexe de glaïeul
Ma femme au sexe de placer et d’ornithorynque
Ma femme au sexe d’algue et de bonbons anciens
Ma femme au sexe de miroir

André Breton – Donna Summer (entente parfaite)

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Nuit – René Crevel

Doucement pour dormir à l’ombre de l’oubli
ce soir
je tuerai les rôdeurs
silencieux danseurs
de la nuit
et dont les pieds de velours noir
sont un supplice à ma chair nue
un supplice doux comme l’aile des chauves-souris
et subtil à porter l’effroi
dans les coins où la peau se fait craintive, émue
pour mieux aimer, pour avoir peur
d’un autre corps et du froid.
Mais quel fleuve pour fuir ce soir ô ma raison ?
C’est l’heure des mauvais garçons
l’heure des mauvais voyous.
Deux grands yeux d’ombre dans la nuit
seraient pour moi si doux, si doux.
Prisonnier des tristes saisons
je suis seul, un beau crime a lui
là-bas, là-bas à l’horizon
quelque serpent peut-être et glacé de n’aimer point.
Mais où coule, où coule au loin
le fleuve dont a besoin
pour fuir ce soir ma raison ?
Sur les berges vont les filles
leurs yeux sont las, leurs cheveux brillent,
Je ne sais rien dire à ces filles
dont ils sont
les mauvais garçons
dont ils sont
les fiers maquignons.
Je suis seul, un beau crime a lui,
Deux grands yeux d’ombre dans la nuit
seraient pour mot si doux, si doux.
C’est l’heure des mauvais voyous.

René Crevel

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Ivan de Monbrison – Concerto pour marées et silence

Ivan de Monbrison dont les Éditions Hexen viennent d’éditer Le Vide Intime, son dernier livre, a eu l’honneur d’être publié dans la merveilleuse revue Concerto pour marées et silence, numéro 13, juin 2020, dirigée par Colette Klein pour laquelle la vie est poésie.

Voici :

© Tous droits réservés Ivan de Monbrison et la revue Concerto pour marées et silence
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Desnos, Delvaux et les sirènes

Ma sirène est bleue comme les veines où elle nage

Pour l’instant elle dort sur la nacre

Et sur l’océan que je crée pour elle

Elle peut visiter les grottes magiques des îles saugrenues

Là des oiseaux très bêtes

conversent avec des crocodiles qui n’en finissent plus

Et les oiseaux très bêtes volent au-dessus de la sirène bleue

Les crocodiles retournent à leur boire

Et l’île n’en revient pas

ne revient pas d’où elle se trouve

où ma sirène et moi nous l’avons oubliée

Ma sirène a des étoiles très belles dans son ciel

Des étoiles blondes aux yeux noirs

Des étoiles rousses aux dents étincelantes

et des étoiles brunes aux beaux seins

Chaque nuit trois par trois

alternant la couleur de leurs cheveux

Ces étoiles visitent ma sirène

Cela fait beaucoup d’allées et venues dans le ciel

Mais le ciel de ma sirène n’est pas un ciel ordinaire

Ma sirène a sept bateaux sur son océan

Lundi Mardi Mercredi Jeudi Vendredi

Samedi et Dimanche

Les uns à vapeur les autres à voiles

Les uns rapides les autres lents

Mais tous beaux mais tous charmants

avec des marins connaissant leur métier

Ma sirène a des savons de toutes formes et de toutes couleurs

C’est pour laver sa jolie peau

Ma sirène a beaucoup de savons

L’un pour les mains

L’autre pour les pieds

Un pour hier

Un pour demain

Un pour chacun des yeux

Et celui-là pour sa queue d’écailles

Et cet autre pour les cheveux

Et encore un pour son ventre

Et encore un pour ses reins

Ma sirène ne chante que pour moi

J’ai beau dire à mes amis de l’écouter

Personne ne l’entendit jamais

Excepté un, un seul

Mais bien qu’il ait l’air sincère

Je me méfie car il peut être menteur.

Robert Desnos – Destinée arbitraire

Le Village des sirènes par Paul Delvaux
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Georgia

Je ne dors pas Georgia
Je lance des flèches dans la nuit Georgia
j’attends Georgia
Le feu est comme la neige Georgia
La nuit est ma voisine Georgia J’écoute les bruits tous sans exception Georgia
je vois la fumée qui monte et qui fuit Georgia
je marche à pas de loup dans l’ombre Georgia
je cours voici la rue les faubourgs Georgia
Voici une ville qui est la même
et que je ne connais pas Georgia
je me hâte voici le vent Georgia
et le froid et le silence et la peur Georgia
je fuis Georgia
je cours Georgia
Les nuages sont bas il vont tomber Georgia
j’étends les bras Georgia
je ne ferme pas les yeux Georgia
j’appelle Georgia
je t’appelle Georgia
Est-ce que tu viendras Georgia
bientôt Georgia
Georgia Georgia Georgia
Georgia
je ne dors pas Georgia
je t’attends Georgia.

Philippe Soupault

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Aujourd’hui, mise en place du Vide Intime d’Ivan de Monbrison

Oui, Le Vide Intime, premier livre des Editions Hexen, est désormais disponible aux librairies :

Compagnie, 58, rue des Ecoles 75005 Paris

L’Ecume des pages, 174, Bd St Germain 75006 Paris

PARIS VI – GIBERT JOSEPH – LIBRAIRIE 26, boulevard Saint Michel 75006 Paris

L’Arbre à Lettres, 62 Rue du Faubourg Saint-Antoine, 75012 Paris

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L’union libre

L’Union libre

Ma femme à la chevelure de feu de bois
Aux pensées d’éclairs de chaleur
A la taille de sablier
Ma femme à la taille de loutre entre les dents du tigre
Ma femme à la bouche de cocarde et de bouquet d’étoiles de dernière grandeur
Aux dents d’empreintes de souris blanche sur la terre blanche
A la langue d’ambre et de verre frottés
Ma femme à la langue d’hostie poignardée
A la langue de poupée qui ouvre et ferme les yeux
A la langue de pierre incroyable
Ma femme aux cils de bâtons d’écriture d’enfant
Aux sourcils de bord de nid d’hirondelle
Ma femme aux tempes d’ardoise de toit de serre
Et de buée aux vitres
Ma femme aux épaules de champagne
Et de fontaine à têtes de dauphins sous la glace
Ma femme aux poignets d’allumettes
Ma femme aux doigts de hasard et d’as de cœur
Aux doigts de foin coupé
Ma femme aux aisselles de martre et de fênes
De nuit de la Saint-Jean
De troène et de nid de scalares
Aux bras d’écume de mer et d’écluse
Et de mélange du blé et du moulin
Ma femme aux jambes de fusée
Aux mouvements d’horlogerie et de désespoir
Ma femme aux mollets de moelle de sureau
Ma femme aux pieds d’initiales
Aux pieds de trousseaux de clés aux pieds de calfats qui boivent
Ma femme au cou d’orge imperlé
Ma femme à la gorge de Val d’or
De rendez-vous dans le lit même du torrent
Aux seins de nuit
Ma femme aux seins de taupinière marine
Ma femme aux seins de creuset du rubis
Aux seins de spectre de la rose sous la rosée
Ma femme au ventre de dépliement d’éventail des jours
Au ventre de griffe géante
Ma femme au dos d’oiseau qui fuit vertical
Au dos de vif-argent
Au dos de lumière
A la nuque de pierre roulée et de craie mouillée
Et de chute d’un verre dans lequel on vient de boire
Ma femme aux hanches de nacelle
Aux hanches de lustre et de pennes de flèche
Et de tiges de plumes de paon blanc
De balance insensible
Ma femme aux fesses de grès et d’amiante
Ma femme aux fesses de dos de cygne
Ma femme aux fesses de printemps
Au sexe de glaïeul
Ma femme au sexe de placer et d’ornithorynque
Ma femme au sexe d’algue et de bonbons anciens
Ma femme au sexe de miroir
Ma femme aux yeux pleins de larmes
Aux yeux de panoplie violette et d’aiguille aimantée
Ma femme aux yeux de savane
Ma femme aux yeux d’eau pour boire en prison
Ma femme aux yeux de bois toujours sous la hache
Aux yeux de niveau d’eau de niveau d’air de terre et de feu.

André Breton (1931)

© Donna Summer – I Feel Love 1977
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Vivre dans le feu

D’une manière ou d’une autre, qui que vous quittiez ou vers qui que vous alliez (votre destinée est dans les sentiments, pas dans les gens) – quoi que vous quittiez et vers quoi que vous alliez – vous allez à votre âme (vos événements sont tous à l’intérieur), de plus dans la ville éternelle, qui en a tant vu et tant avalé que, bon gré mal gré, tout ce qui est violemment-personnel fera silence, sera transfiguré.
Vous aurez la Seine, ses ponts, ses brouillards : les siècles les surplombent. J’ai vécu à Paris, ce fût plus un rêve de Paris que Paris lui-même. (comme toute ma vie est un rêve de la vie et non la vie !)

Marina Ivanovna Tsvetaïeva, Vivre dans le feu, Le Livre de Poche, traduction de Nadine Dubourvieux 

 © Shocking Blue – Venus

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Petit rappel du prochain cabaret Hexen, aujourd’hui, le 7 mai 2020 à 17h

Bonjour !

J’espère que vous allez bien. Revoici les codes pour se connecter à notre Visioconférence-Cabaret d’aujourd’hui jeudi 7 mai à 17h :

REVUE HEXEN vous invite à une réunion Zoom planifiée.

Sujet : Revue Hexen
Heure : 7 mai 2020 05:00 PM Paris

Participer à la réunion Zoom
https://us04web.zoom.us/j/79625570410

ID de réunion : 796 2557 0410

A tout à l’heure, je l’espère !



© Vassily Kandinsky Couple à cheval (1906)

Caroline Cranskens – dans la musique

« Il est minuit passé, l’horizon se déroule. Lettre après lettre, bloc après bloc, la terre, le ciel, la mer, rien. D’abord les rêves du monde. Je suis ici chez moi. Le Sieg ne viendra plus, l’aiguille s’est arrêtée. Sa voix sanglote de free jazz à l’autre bout du fil. Tu comprends ? Oui, je comprends. Tout s’éclaire, les rues, les insectes, la question centrale. Au lieu de dormir, je m’attarde sur un point de détail à déchirer en deux ou à mettre au pluriel. Ma bouche est condamnée de pierres. Je sens la rouille sur mes lèvres, sur les pierres, je crache. La nuit arrive avant l’heure. Dans les ruines, je fais les cent pas. Je pense : le monde est à demi-réparé. Alors je n’ai plus peur. Le chemin vers l’est est encombré d’ailes et d’esprits frappeurs, d’âmes humides et de ventilateurs. Quelque chose se fissure. Il y a de la rouille sur les marches. Je fais le tour du lac en pensées. Au carrefour, pas d’indication, pas d’est en vue, mais l’ouest brûlant, l’ouest gasoline, le trou noir. Il est minuit sonnant et je devine la douce clameur du dernier esquif sur le fleuve immense. Dông, c’est la formule magique, elle emporte, lune après lune, lettre après lettre, bloc après étoile, fragment etc. Cut off. Le tabac blond papier doré du jour d’après me réveille. Quelques miettes tombent pour les oiseaux. Quelques oiseaux transforment la nuit en bal et je disparais dans la musique. »

Caroline Cranskens – dans la musique

– (The) Pretenders – I’ll Stand By You

Amy Winehouse et Jean Lorrain

Amour pur

« Elle est rousse, un peu maigre : un glauque caftan vert
Aux grands plis moirés d’ombre, ainsi qu’une eau dormante
De sa cheville grêle à sa nuque charmante,
Suaire étroit, l’étreint, à l’aisselle entr’ouvert.

Dans la fraîche harmonie adoucie et calmante
Des peupliers feuillus, dressés sur un ciel clair,
Pieds nus dans l’herbe haute, elle pose en plein air
Devant l’heureux rapin, qui la croit son amante.

L’homme est joyeux, ravi : l’ombre d’un vieux bouleau
La baigne en avivant le rose de sa peau :
Elle songe à Montmartre où, sous le froid qui tue,

Chétive, en waterproof, en souliers prenant l’eau,
Elle faisait le quart, adorée et battue
Par la Terreur d’Ivry, Rouquin dit Bonneteau »


Jean Lorrain (1885)
– Amy Winehouse – A Song For You

Extrait de Marelle – Julio Cortázar

« Je touche tes lèvres, je touche d’un doigt le bord de tes lèvres. Je dessine ta bouche comme si elle naissait de ma main, comme si elle s’entrouvrait pour la première fois et il me suffit de fermer les yeux pour tout défaire et tout recommencer. Je fais naître chaque fois la bouche que je désire, la bouche que ma main choisit et qu’elle dessine sur ton visage, une bouche choisie entre toutes, choisie par moi avec une souveraine liberté pour la dessiner de ma main sur ton visage et qui, par un hasard que je ne cherche pas à comprendre, coïncide exactement à ta bouche qui sourit sous la bouche que ma main te dessine.
Tu me regardes, tu me regardes de tout près, tu me regardes de plus en plus près, nous jouons au cyclope, nos yeux grandissent, se rejoignent, se superposent, et les cyclopes se regardent, respirent confondus, les bouches se rencontrent, luttent tièdes avec leurs lèvres, appuyant à peine la langue sur les dents, jouant dans leur enceinte où va et vient un air pesant dans un silence et un parfum ancien. Alors mes mains s’enfoncent dans tes cheveux, caressent lentement la profondeur de tes cheveux, tandis que nous nous embrassons comme si nous avions la bouche pleine de fleurs ou de poissons, de mouvement vivants, de senteur profonde. Et si nous nous mordons, la douleur est douce et si nous sombrons dans nos haleines mêlées en une brève et terrible noyade, cette mort instantanée est belle. Et il y a une seule salive et une seule saveur de fruit mûr, et je te sens trembler contre moi comme une lune dans l’eau. »

Julio Cortázar, Marelle

La dame dans l’auto avec des lunettes et un fusil

« Si quelqu’un vient me prendre, je l’ajusterai posément dans la demi-obscurité, je le viserai à la tête, peu importe qui il est. J’essaierai de le tuer d’un coup, pour économiser mes balles. La dernière sera pour moi. On me trouvera délivrée, les yeux ouverts sur ma vie réelle, dans mon tailleur blanc taché de rouge, douce, propre et belle comme j’ai toujours voulu l’être. Je me serai donné seulement un week-end de sursis pour être quelqu’un d’autre, et puis c’est tout, je n’aurai pas réussi parce qu’on ne réussit jamais. On ne réussit jamais. »

Sébastien Japrisot – La dame dans l’auto avec des lunettes et un fusil

Voix de Susan Sontag

« Je crois […] que le monde devrait accueillir les marginaux. Une des premières vertus d’une société juste devrait être d’autoriser ses membres à être des marginaux.
D’une façon ou d’une autre, des gens devraient toujours avoir la possibilité de se tenir à l’écart, sur le bord de la route. D’ailleurs, avant, beaucoup de personnes choisissent de vivre en marge sans que cela dérange les autres. C’était une bonne chose. Nous devons non seulement accepter les êtres et les états de conscience à la marge, mais aussi les déviants et ceux qui sortent du commun. Je suis à fond pour les déviants ! Evidemment, tout le monde ne peut pas être marginal. Il est clair que la plupart des gens doivent choisir des modes de vie centrés. Mais au lieu de devenir de plus en plus bureaucratique, standardisée, oppressante et autoritaire, pourquoi notre société n’autorise-t-elle pas davantage de gens à être libres ? »

« Bien que l’appareil photo soit un poste d’observation, il y a dans l’acte photographique plus que de l’observation passive. Comme le voyeurisme érotique, c’est une façon d’encourager, au moins tacitement, souvent ouvertement, tout ce qui se produit à continuer de se produire. »

« La dépression est la mélancolie sans ses charmes — l’animation, les crises. »

« J’envie les paranoïaques ; ils sentent vraiment que les gens font attention à eux. »

« Le mensonge est un moyen élémentaire d’autodéfense. »

« L’écrivain est soit un ermite, soit un délinquant guidé par sa culpabilité, soit les deux… Souvent les deux. »

Susan Sontag (Fragments)

Michaux, Un barbare en Asie

« Et l’Asie continue son mouvement, sourd et secret en moi, large et violent parmi les peuples du monde. Elle se remanie, elle s’est remaniée, comme on ne l’aurait pas cru, comme je ne l’aurais pas deviné.

Il date, ce livre. De l’époque à la fois engourdie et sous tension de ce continent; il date. De ma naïveté, de mon ignorance, de mon illusion de démystifier, il date. Il date d’un Japon excité, surexcité, parlant guerre, chantant guerre, promettant guerre, défilant, hurlant, vociférant, menaçant, harcelant, tenant en réserve des bombardements, des débarquements, des destructions, des invasions, des assauts, de la terreur. »

Henri Michaux – Un barbare en Asie (1933)

Tristan Tzara, dada envers et contre tous

« Dada ne signifie rien. – … Je suis contre tous les systèmes, le plus acceptable des systèmes est celui de n’en avoir par principe aucun. »

« tremblements
souffrance ma fille du rien bleu et lointain
ma tête est vide comme une armoire d’hôtel
dis-moi lentement les poissons des humbles tremblent et se cassent quand veux-tu partir
le sable
passe-port
désir
et le pont rompre à tierce résistance
l’espace
policiers
l’empereur
lourd
sable
quelle meuble quelle lampe inventer pour ton âme »

« – petite ville en sibérie –

une lumière bleue qui nous tient ensemble aplatis sur le plafond c’est comme toujours mon camarade comme une étiquette des portes infernales collées sur un flacon de médicine
c’est la maison calme mon ami tremble
et puis la dense lourde courbée offre la vieillesse sautillant d’heure en heure sur le cardan
le collier intact des lampes de locomotives coupées descend quelquefois parmi nous
et se dégonfle tu nommes cela silence boire toits en fer-blanc lueur de boîte de hareng et mon cœur décent sur des maisons basses plus basses plus hautes plus basses sur lesquels je veux galoper et frotter la main contre la table dure aux miettes de pain dormir oh oui si l’on pouvait seulement
le train de nouveau le veau spectacle de la tour du beau je reste sur le banc
qu’importe le veau le beau le journal ce qui va suivre il fait froid j’attends parles plus haut
des cœurs et des yeux roulent dans ma bouche
en marche
et des petits enfants dans le sang [est-ce l’ange? je parle de celui qui s’approche]
courons plus vite encore
toujours partout nous resterons entre des fenêtres noires »

« Je ne chante pas je sème le temps. »

« On ne mordra jamais assez dans son propre cerveau »

« N’aimez pas si vous voulez mourir tranquillement »

Tristan Tzara 1896-1963 (Fragment)

Dessin de Francis Picabia (1925)

Jules Laforgue et les durs encéphales

Penser qu’on vivra jamais dans cet astre,
Parfois me flanque un coup dans l’épigastre.

Ah ! tout pour toi, Lune, quand tu t’avances
Aux soirs d’août par les féeries du silence !

Et quand tu roules, démâtée, au large
A travers les brisants noirs des nuages !

Oh ! monter, perdu, m’étancher à même
Ta vasque de béatifiants baptêmes !

Astre atteint de cécité, fatal phare
Des vols migrateurs des plaintifs Icares !

Oeil stérile comme le suicide,
Nous sommes le congrès des las, préside ;

Crâne glacé, raille les calvities
De nos incurables bureaucraties ;

O pilule des léthargies finales,
Infuse-toi dans nos durs encéphales !

O Diane à la chlamyde très-dorique,
L’Amour cuve, prend ton carquois et pique

Ah ! d’un trait inoculant l’être aptère,
Les coeurs de bonne volonté sur terre !

Astre lavé par d’inouïs déluges,
Qu’un de tes chastes rayons fébrifuges,

Ce soir, pour inonder mes draps, dévie,
Que je m’y lave les mains de la vie !

Jules Laforgue – Clair de lune

Illustration : manuscrit de Jules Laforgue